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Dans le Massachusetts, des légumes toute l’année grâce à une serre non chauffée

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Dans le Massachussetts, des légumes toute l'année grâce à une serre non chauffée

Jonathan Bates a créé une serre dans laquelle il cultive des légumes toute l’année. Grâce à une bonne isolation, celle-ci est passive et garde une température à peu près équivalente toute l’année.
Du cresson, des figues et même peut-être bientôt un avocat. Jonathan Bates a créé une serre passive dans le Massachusetts. Non chauffée, elle est construite exclusivement en matériaux recyclés. Grâce à sa très bonne isolation, l’homme peut cultiver des légumes quasiment toute l’année, à une température stable.

http://www.terraeco.net/Dans-le-Massachusetts-des-legumes,53726.html

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Vers l’autonomie alimentaire grâce à l’aquaponie

Imaginez vous dans un futur ou tout sera plus dur. Un futur ou l’eau douce sera rare et précieuse. Ou les océans dépeuplés ne fournirons plus que quelques poissons au prix de l’or. Et là, vous invitez des amis à manger une ratatouille du jardin, accompagnée d’un délicieux poisson… du jardin, lui aussi !

Cette scène est déjà le quotidien de ceux qui, des déserts d’Australie à ceux de l’Arizona, pratiquent l‘aquaponie.

aquaponie - exemple de système

Le mot « aquaponie » est un néologisme composé à partir de « aquaculture » (production animale ou végétale en milieu aquatique) et de « hydroponie » (culture de plantes hors-sol). C’est la combinaison de la culture de légumes et fruits avec l’élevage de poissons, qui peut ainsi fournir tous les nutriments dont nous avons besoins : glucides, vitamines, sels minéraux avec les légumes, protéines et lipides avec les poissons. Mais attention : l’aquaponie n’est pas simplement l’addition de ces deux cultures. C’est une combinaison de l’agriculture et de la pisciculture qui recrée un écosystème complet, et génère une synergie très puissante !

Les principes de l’aquaponie

Pratiquées de manière classique, ces deux productions présentent de gros inconvénients économiques et environnementaux. L’agriculture nécessite d’importants apports en engrais et en eau, qui sont diffusés dans la terre avec un mauvais rendement : une bonne partie de ces apports se perd dans le sol et ne profite pas à la plante, provoquant gâchis et pollution. L’élevage intensif de poissons génère quant à lui beaucoup de déchets organiques qui menacent l’environnement quand ils y sont relâchés.

Le coup de génie de l’aquaponie est, en combinant ces deux cultures, de transformer les inconvénients de l’une en avantage pour l’autre, et réciproquement !

aquaponie - principes

Le principe général est le suivant :

  • les poissons sont nourris et produisent des déjections riches en ammoniac (NH3). Cet ammoniac est toxique pour eux, et peut très rapidement les tuer si on ne purifie pas l’eau.
  • l’eau du bassin est pompée et envoyée dans les bacs de culture, ou l’on fait pousser des légumes dans un substrat neutre (billes d’argile par exemple). La, des réactions naturelles complexes se mettent en place toutes seules (la nature est bien faite !) :
    • des bactéries nitrosomas transforment l’ammoniac en nitrites (NO2).
    • des bactéries nitrobacter transforment les nitrites en nitrates (NO3).
    • miracle : les plantes raffolent des nitrates, et les absorbent par leurs racines.
    • ceci produit un véritable filtre naturel qui débarrasse l’eau de ses composants toxiques.
  • l’eau purifiée est renvoyée dans le bassin.
  • une partie du parcours de l’eau se fait à l’air libre afin de l’oxygéner (cet oxygène sera utile aux poissons ainsi qu’aux bactéries et aux plantes).
Ainsi, les poissons produisent les nutriments pour les plantes, et les plantes filtrent l’eau pour les poissons.

L’aquaponie dans le monde

Si cette synergie entre poissons et végétaux existait déjà depuis toujours dans les rizières asiatiques, son utilisation intentionnelle est récente. Les premières expérimentations datent des années 70, et plusieurs universités, comme celle des Iles Vierges, ont mené des recherches poussées en ce domaine.

Un des intérêts de l’aquaponie est qu’elle réduit considérablement les besoins en eau. Celle ci tournant en circuit fermé, il n’y a que l’eau évaporée par les plantes à remplacer. Cette économie en eau a fait que certaines régions désertiques sont à la pointe du développement de cette technique : au premier rang figure l’Australie. Pour cette même raison, des organisations veulent promouvoir cette activité dans les pays en voie de développement.

L’aquaponie s’est aussi implantée sur le continent nord américain, et on peut y trouver de véritables exploitations à grande échelle.

En France enfin, et bien… pour l’instant, pas grand chose ! Mais ça ne va pas durer, l’intérêt commence à monter et un forum de valeureux pionniers prêche déjà la bonne parole. Soyez à l’écoute !

En pratique…

Plusieurs techniques existent, et vous les trouverez décrites sur beaucoup de sites… en anglais pour la plupart. Nous allons décrire ici une installation basique et fiable. Il est raisonnable de commencer par tester ce genre d’installation simple avant de se lancer dans des montages plus compliqués, qui auront d’autant plus de raisons de dysfonctionner.

aquaponie - installation

Une installation de base repose sur les composants suivant :

  • un bassin pour les poissons. Il ne s’agit pas là d’un aquarium décoratif, mais d’un solide conteneur. Même s’il s’agit d’élevage intensif, il faut tout de même respecter quelques dimensions minimum afin de ne pas trop maltraiter et stresser les poissons. Evitez le simple tonneau vertical de 50 cm de diamètre pour des poissons de 20 cm comme on le voit parfois !
  • des bacs de culture étanches eux aussi, remplis de billes d’argile. C’est entre ces billes d’argile que les racines des plantes s’établiront. Ces bacs seront alternativement remplis et vidés par la technique dite « flood & drain » (inondation & drainage). Ceci permet aux racines de capter à la fois des nutriments dans l’eau et de l’oxygène dans l’air.
  • l’eau est tout d’abord remontée avec une pompe, du bassin des poissons vers les bacs de culture. Un filtre en entrée de la pompe évitera que celle ci ne soit bouchée ou endommagée par des débris trop gros.
  • lorsque la pompe a suffisamment rempli les bacs de cultures, ceux-ci se vident automatiquement par un ingénieux système de siphon cloche.

Vous avez là un système fiable et peu onéreux, idéal pour faire vos premiers pas. Si vous voulez que le système fonctionne sur l’année entière, il faudra alors l’inclure dans une serre. Ainsi, vous pourrez avoir des légumes en hiver.

Dans un premier temps, branchez vous sur les réseaux de votre maison : une rallonge électrique pour la pompe, un tuyau d’arrosage pour compléter le niveau d’eau… Ensuite, si vous le désirez, vous pourrez améliorer l’autonomie du système en installant un panneau solaire relié à des batteries pour la pompe, et un système de récupération d’eau de pluie sur le toit de la serre ou de votre maison.

L’installation est donc relativement simple. Reste ensuite à faire fonctionner l’écosystème reconstitué, et à « trouver le juste équilibre entre la population de poissons, la nourriture apportée, la population bactérienne et la végétation cultivée »  (Wikipedia). Car on travaille ici sur du vivant, et il n’y a pas de recette universelle, à par la passion et la patience pour arriver à ce résultat !

Qu’est ce qu’on mange ?

Le système de culture hydroponique sous serre permet de cultiver quasiment tous les légumes frais. Les plus simples sont les salades comme les laitues qui nécessitent peu de travail, mais ce ne sont pas les plus goûteux. Les légumes du soleil comme les concombres, tomates, courgettes, aubergines, poivrons et oignons sont particulièrement bien adaptés (d’où la ratatouille du premier paragraphe). Par contre, les légumes tubercules tels que les pommes de terres et les carottes ne sont pas vraiment à leur aise dans des billes d’argile et il faudra envisager pour eux d’autres types de bacs de culture.

Côté fruits, là aussi les variétés sont nombreuses. Melon et pastèques sont parfaits. Les baies aussi sont bien adaptées : fraises, mûres, framboises… Vous pouvez même obtenir des citrons ou des bananes !

aquaponie - tilapia

Pour les poissons enfin : le tilapia est la star de l’aquaponie mondiale. Il est résistant, a une croissance rapide et une chair goûteuse. Il est officiellement microphytophage à tendance omnivore-détritivore ! En bon français, ça veut dire qu’il mange à peu près n’importe quoi : phytoplancton, lentilles d’eau, asticots, vers, épluchures et restes de votre cuisine compostés… Il provient des régions des lacs africains, et c’est là le problème pour nos contrées tempérées : il faut le conserver dans une eau à 12° minimum. Ceci oblige, en France, à mettre le bassin dans la serre et même à chauffer l’eau en hiver. Il existe bien sûr des poissons plus adaptés à nos régions comme la tanche, la perche, la carpe ou même la truite, mais ils n’ont pas l’aspect « pèche miraculeuse » du tilapia, avec une croissance moins rapide, et nécessitant un peu plus d’attention. Par contre, ils résistent bien au froid (certains poissons tiennent même si le bassin est gelé en surface), et on peut alors laisser le bassin hors de la serre.

Alors, on se lance ?

Bien sûr que oui ! Si vous disposez d’un peu de terrain (10 ou 15 m² suffiront amplement) et d’un peu de temps, allez-y ! Si vous habitez en appartement, vous pouvez essayer aussi, mais faites attention à ces deux points :

  • ne surchargez pas votre balcon : 1000 litres d’eau pèsent une tonne. Pas sûr que votre balcon apprécie. En tout cas, il n’a certainement pas été dimensionné pour ça !
  • donc il faut se contenter d’un petit système. Mais les petits systèmes ont un inconvénient : les paramètres de l’eau changent très vite, dans le bon comme dans le mauvais sens, et il faut les surveiller comme le lait sur le feu ! Un volume de 500 litres ou plus offre une plus grande inertie qui permet de corriger les problèmes plus sereinement.

Vous pouvez aussi vous orienter, avec vos voisins, vers une organisation de type jardin communautaire.

Quelques conseils pour terminer :

  • rapprochez vous des associations aquariophiles. Il y a énormément de passionnés, et, mine de rien, il s’y connaissent en poissons, même si l’élevage est un contexte un peu différent.
  • contrôlez les paramètres de votre eau (température, PH, nitrites, nitrates, etc…) quotidiennement et réagissez immédiatement en cas de dérive.
  • ajoutez un biofiltre à votre système. Le biofiltre est un bac dans lequel on met un média (des billes d’argile par exemple) servant de support aux bactéries dénitrifiantes qui transforment l’ammoniac en nitrate. Vous allez me dire : n’est-ce pas déjà le rôle des billes d’argile dans le bac de culture ? Bravo, il y en a qui suivent ! Mais le fait d’ajouter un biofiltre renforce le système, et vous permet de ne pas mettre les poissons en danger si vous déconnectez vos bacs de culture, le temps d’un nettoyage ou d’une réorganisation des plantations.
  • dans les forums, lisez les récits de catastrophes ! Vous saurez ainsi ce qu’il ne faut pas faire. Les aquaponistes (?) se surnomment entre eux les « serial killers de poissons », et on apprend beaucoup des erreurs des autres.

Alors, à vous de jouer maintenant : prenez votre subsistance en main !

Ressources

La « Bible » de l’aquaponie